- PMA et prix élevés des céréales

Selon une étude récente conjointe par la FAO et l’ OCDE, le prix des céréales a augmenté sensiblement depuis plusieurs mois.

Plusieurs raisons sont évoqués en particulier pour le blé : la révision à la baisse des prévisions de récolte mondiale pour 2007-2008 compte tenu des épisodes de sécheresse , une demande soutenue en particulier avec l’ essor des biocarburants, et la baisse des stocks.

Pas de baisse de ces prix prévue a court terme, malgré la « main invisible » qui devrait inciter les exploitations agricoles de part le monde à produire plus, étant donné le niveau plus élevé des prix. Selon cette étude, au cours des dix prochaines années, de nombreux produits agricoles pourraient se maintenir à des niveaux de prix relativement élevés, pour des raisons structurelles déjà avancées pour le blé.

la FAO estime que les PMA ( pays les moins avancés) verraient leur facture d’ importations alimentaires augmenter de 10% sur un an ( contre 2,3 % pour les pays développés). Cette hausse est d autant plus importante pour les PMA, que les produits alimentaires représentent une part importante ( entre 60 et 90% ) du budget des ménages ( contre 10 à 20% pour les pays avancés).

Cette hausse des prix va quand même profiter aux producteurs surtout dans les pays avancés. Peu dans les PMA, car les producteurs sont en général de petites tailles et consomment la plus grande partie de leur production.

Ainsi il est à craindre que des « mouvements sociaux » aient lieu dans certains PMA, en particulier ceux qui sont importateurs nets , et pour les populations en voisinages des grandes agglomérations, compte tenu de l’ ampleur de cette hausse.

Comme une mauvaise nouvelle n’arrive rarement seule, le FMI vient d’annoncer une baisse de la prévision de croissance mondiale pour 2008, en raison des « turbulences » sur les marchés financiers , selon le journal le Monde.

Augmentation du prix des denrées alimentaires d’un coté, baisse du niveau de croissance mondiale de l’ autre, les effets sur les PMA risquent d’ être encore plus forts dans le court terme.



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- Ethique et Economie

Dans des précédentes pages, l’ inégalité et le développement sont apparus souvent reliés ( cf Inégalité et progrès technologique , cf inégalité et développement ). La question de l’inégalité fait partie du volet éthique, qui n’ est plus directement présent dans l’ économie.


C est Amartya Sen, ( Prix Nobel Économie 1988) qui s’est intéressé à la réintroduction de l’éthique dans l’ Économie et à l’ apport important de cette science morale dans l’ Économie «mécaniste ».


Sen est parti d’ un constat qui l’ a beaucoup marqué pendant son enfance en Inde. En effet , très jeune,, il fut témoin de la famine au Bengale pendant laquelle moururent trois millions de personnes. Sen a conclu plus tard que ce désastre n'aurait pas du avoir lieu. Il pense qu'il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant : la production était même plus élevée que pendant les années précédentes où il n'y avait pas eu de famines. Mais la cause de la famine de 1947 est plus lié aux grandes inégalités de revenues qui ont empêché les travailleurs ruraux de s’ approvisionner sur le marché, faute de moyens et non fautes de vivres.

Sen a étudié les fondements de l’ Économie, et a beaucoup critiqué la notion d’ utilité. ( exemple , un promeneur se perd à la campagne. il rencontre quelqu’ un et lui demande la route de la gare. Ce dernier , en fait n’ en sait rien, mais ayant une lettre a envoyer par la poste, lui dit que ce n est pas loin de la poste, et qu en passant il pourrait déposer sa lettre. le promeneur la prend, pensant qu’il pourrait y trouver quelque chose d’utile ).

Il a proposé de la remplacer par la notion de «capabilité ». cette approche est beaucoup plus complexe. Ainsi l’ensemble des capabilités reflète la liberté qu’ a une personne de choisir entre mode de vie possibles. La valeur qu’ un individu accordera à un bien ou à la possession d’un bien ne sera considérée que dans la mesure ou ce bien permet de réaliser une chose à laquelle cet individu accorde de l importance, c est à a dire sa capabilité.

La liberté devient primordiale dans cette approche: la liberté à l œuvre dans la notion de capabilité met en avant la potentialité qu’ a un individu de choisir , et l’ accès à ces choix.

Il s’ en suit que les concepts de pauvreté absolue ou relative ( cf la pauvreté ) deviennent obsolètes. Pour Sen la pauvreté « est une notion absolue dans l’ espace des capabilités mais prendra très souvent une forme relative dans l’espace des biens ou caractéristiques ».

Etre pauvre, c est de ne pas pouvoir choisir ses activités, ne pas pouvoir mener ses projets à bien ou encore ne pas être mobile.

Ainsi selon Sen « le progrès n’ a de sens que par rapport aux libertés. Une avancée est une avancée de liberté. avancer dans le développement dépend avant tout de la possibilité pour les gens d’exercer leur libre initiative ».

- l’APD et les Américains

L’ancien président des États-Unis était de passage à Paris pour y faire la promotion de son dernier livre «Donner: comment chacun de nous peut changer le monde» (Odile Jacob).

a donné une interview au Figaro. voila quelques extraits du journal daté du 7 Octobre 2007 .

« Le Figaro : Vous venez d’écrire Donner (Odile Jacob) un livre sur le don et la générosité individuelle. À la tête de la Fondation Clinton, vous êtes devenu un expert en ce domaine. Dites-nous où, dans le monde, se trouvent les peuples les plus généreux. Y a-t-il des pays plus généreux que d’autres ?

Bill Clinton : Dans un bon, dans un grand pays, la société doit posséder trois caractéristiques. Il faut une économie prospère. Après tout, la meilleure protection sociale, c’est quand tout le monde a un job. Il faut aussi un bon gouvernement, qui prend en charge tout ce dont le marché ne peut pas s’occuper, et puis une société civile vibrante avec des ONG pour faire en sorte que personne ne soit oublié, que personne ne passe à travers les mailles du système.

Le Figaro : Les pays libéraux sont-ils plus généreux que les pays plus étatiques ?

Bill Clinton : Dans les pays possédant soit un État faible, soit une économie faible, soit les deux, il faudrait que la société civile soit plus forte mais comprenez-moi bien : je ne prêche absolument pas pour que la société civile se substitue au gouvernement. Regardez l’Europe du Nord. Ce sont des pays qui fournissent une aide publique au développement considérable, mais quand le tsunami a frappé, ils ont aussi été très généreux en contributions privées. Ce n’est pas un jeu à somme nulle. L’un peut entraîner l’autre. Le gouvernement est là pour faciliter l’acheminement de l’aide privée. J’ai découvert un système formidable aux Pays-Bas : la loterie du code postal. Tous les habitants du code postal gagnant touchent quelque chose, la loterie canalisant une partie des gains vers les pays en développement. Cette loterie me donne beaucoup d’argent et me permet de lutter contre le sida et le réchauffement climatique dans quarante-six villes sur les cinq continents.

Le Figaro : Pour encourager la générosité, qu’est-ce qui est le plus efficace, la religion, la fiscalité ?

Bill Clinton : C’est sûr qu’une déduction fiscale des contributions peut aider mais l’essentiel, c’est la conviction morale. Les gens qui ne donnent pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas tenus de le faire, que personne ne leur a expliqué ou qu’ils ne pensent pas que donner puisse changer grand-chose. Ma mission, c’est de les convaincre du contraire, leur dire que nous sommes devenus une machine à donner très efficace. Mais les gens donnent aussi s’ils consomment de manière différente, s’ils respectent l’environnement.

Le Figaro : Les Américains sont généreux, mais l’Amérique en tant que pays est particulièrement pingre en ce qui concerne l’aide publique au développement. Comment expliquez-vous ce contraste ?

Bill Clinton : C’est très préoccupant. J’y vois trois raisons. D’abord, les Américains ne connaissent pas la vérité. Ils croient que le pays dépense 10% en aide extérieure et qu’on devrait se contenter de 5%, alors que le vrai chiffre est 1%! Cette ignorance empêchait que ce sujet devienne un thème de campagne et personne ne risquait de perdre une élection pour son avarice vis-à-vis du monde. Mais ceci est en train de changer. Cette élection présidentielle est la première de ma vie où une large partie de nos concitoyens va voter pour celui ou celle qui sera jugé le plus à même de restaurer notre stature internationale, de nous faire revenir dans le concert des nations. Dans le cœur de l’Amérique profonde, même des gens qui n’ont jamais possédé de passeport sont in­quiets de la réputation de leur pays. À tout le moins, nous devons payer notre part des dépenses de développement de l’ONU.

Le Figaro : Cela fait quinze ans que l’Amérique promet de faire plus.

Bill Clinton : Pendant la guerre froide, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les États-Unis, l’Europe et le Japon : les premiers payaient plus en dépenses militaires pour fournir un parapluie de sécurité et les deux autres se concentraient sur l’aide au développement, et ça a bien marché. Quand le mur de Berlin est tombé et que nos dépenses militaires ont commencé à baisser, nous aurions dû accroître notre aide au développement. Mais en 1994, le Congrès républicain n’était pas intéressé. »

- l ' APD et le Royaume Uni

Selon le journal britanique « The Guardian » (http://www.guardian.co.uk), la grande Bretagne est dorénavant le second plus grand donateur en matière d’aide publique au développement.

Ainsi , l’ APD du Royaume Uni aurait augmenté de 12% au cours du dernier exercice selon le Gouvernement Britannique. Soit une augmentation de 808 millions de Livres , atteignant ainsi un total de 7,5 milliards de Livres et mettant la Grande Bretagne au second rang international après les USA.

Ce montant inclut les remises de dette. Il représente environ 0,5% du PIB britanique, soit le niveau le plus élevé qu ait atteint cette aide depuis 1964. Le DFID ( department for International Development ) indique que le Royaume Uni s est engagé à suivre les recommandations des Nations Unis ( cf la page de ce site : http://diadevelop.blogspot.com/2007/08/la-partie-de-l-apd-en-cooperation.html), en projetant l’objectif de 0,7% du PNB en 2013, en avance par rapport à la date prévue de 2015.

Le gouvernement Britanique estime que tous les ans « le Royaume Uni aide 3 millions de personnes à sortir de la pauvreté, et aide des pays pauvres à accéder à des services de santé et d’éducation dignes ».

le Royaume Uni fait campagne auprès des autres états du G8 pour augmenter leur participation à l’ APD , et ainsi respecter les objectifs du millénaire.

OXFAM, une des plus importantes ONG internationales, reconnait un geste positif et estime que la grande Bretagne devrait continuer à, augmenter son aide de 12% par an jusqu ‘ en 2010.

- l’ APD et les Français

Selon un récent sondage IFOP – AFD ( l’ Agence Francaise de Développement ), Les Français sont demandeurs d’information (68% voudraient en savoir plus sur l’aide au développement). Prêts à s’investir personnellement en faveur des pays en développement à 56%, ils souhaitent que les efforts qui y sont consacrés par la France se maintiennent (51%), voire s’intensifient (38%), même si l’ Europe a son propre dispositif, et malgré les difficultés budgétaires actuelles.

Si les Français s’accordent à 84% sur le fait que l’aide fournie doit participer à la transmission d’un savoir-faire, ils indiquent clairement les domaines qu’ils jugent prioritaires : humanitaire et sanitaire (65%), puis économique et social (33%). Les modalités d’intervention qu’ils souhaitent voir promues sont également classées : l’accès à l’eau potable (88%), la mise en place de programmes de santé publique (75%) et l’accès aux médicaments (72%). Enfin, la principale zone où concentrer les efforts est l’Afrique sub-saharienne pour 67% d’entre eux.

89% des Français s’accordent sur le fait que le développement durable s’impose à tous, y compris aux pays en développement, mais cette perception va au-delà : pour 79% d’entre eux, le développement durable doit désormais être une condition pour l’obtention d’une aide publique au développement. Il s’agit de favoriser le développement des énergies renouvelables (61%) la lutte contre la déforestation (56%) et la préservation de la biodiversité (50%).

l’ Enquête est réalisée par l’Ifop auprès d’un échantillon national représentatif de 1000 individus, âgés de 15 ans et plus au cours du mois de juin 2007.

il faut rappeler que L’Agence Française de Développement (AFD) est l’opérateur pivot de l’aide publique au développement française. selon l’ AFD L cf http://www.afd.fr

« l’Agence contribue aux efforts de la France pour l’atteinte des objectifs du millénaire, à la fois par la réduction de la pauvreté, le soutien à la croissance économique et la préservation de l’environnement. L’Agence finance des projets portés par les pouvoirs publics locaux, les entreprises publiques ou le secteur privé et associatif. L’Afrique subsaharienne est une priorité pour l’Agence qui y consacre plus de la moitié de ses financements (1,2 milliards) et plus de 80% de ses subventions. En 2006, les engagements du Groupe (AFD et Proparco, sa filiale spécialisée dans le financement et la promotion du secteur privé) ont été au total de 2,4 milliards dans les pays en développement. Ces financements ont concerné la scolarisation de 3,8 millions d’enfants et la vaccination de 5,6 millions, l’amélioration des conditions de logement de 690 000 personnes et l’approvisionnement en eau potable de 5,4 millions. Les projets d’efficacité énergétique sur la même année représentent une économie de 1,7 million de tonnes de CO2 par an »

- Inégalité et progrès technologique

le progrès économique accroît les inégalités a court terme.

selon l’Économiste Gilles St Paul ( cf http://www.geocities.com/gspaul_8047/, a ecrit plusieurs ouvrages dont « the political economy of labour market institutions » ), Sur le long terme, le progrès technologique a permis d’accéder à un meilleur bien être. Le PIB / habitant a été multiplié par dix au cours des deux derniers siècles, avec une amélioration incontestable du bien être (accroissement de la durée de vie, internet, cellulaire, etc…).

Mais ce progrès, en particulier au cours des dernières décennies, s’est aussi accompagné par une hausse des inégalités a court terme : dans un même pays, et entre les pays.

Par exemple, aux USA, le salaire médian a baissé (de 5%) entre 1970 et 1989, correspondant une hausse des salaires les plus élevés (de 5%) et une baisse des salaires les plus bas (de 25%) pendant cette période.

Quelles sont les causes de cet accroissement des inégalités :

1- biais par lequel les nouvelles technologies augmentent la productivité des gens bien payés et réduit celle des gens mal payés :

Certaines taches (comme les taches cognitives non routinières) voient leur productivité augmenter et donc la rémunération du travail correspondant augmente, alors que d’autres tâches (par exemple routinières) sont remplacées par les nouvelles technologies, et voient donc la rémunération du travail correspondant baisser.

2- Ajustement de capital :

la capital est attiré vers les nouvelles technologies, plus rentables. d’ où un désinvestissement dans les technologies anciennes, et donc une baisse de la productivité du travail correspondant, et baisse de la rémunération des travailleurs qui n’ont pas su ou pu s’adapter.

En parallèle, les travailleurs les plus qualifiés, étant plus adaptables, utilisent les nouvelles technologies et voit donc leur productivité augmenter ainsi que leur salaire.

3 Effet transitoire du progrès technique asymétrique a court terme :

Quand un secteur est plus utilisateur que les autres du progrès technique, sa productivité peut beaucoup augmenter. mais si la demande ne suit pas, il y aura une baisse des salaires des travailleurs dans ce secteur( exemple dans l automobile ou la productivité a été multiplié par 5 mais pas le marché ). Mais cet effet est a court terme.

4 Effet superstar :

Le progrès technique permet aux entreprises / personnes les plus « performantes » de s’emparer de la totalité d’un marché, et donc d’accroître considérablement leur revenu, creusant ainsi plus l’ inégalité avec les autres. Par exemple, une star performante peut ( grâce au média ) devenir superstar. Les autres artistes , même s’ ils sont marginalement moins talentueux seront obligés de se convertir. D’ où un accroissement des inégalités de salaires importants. Cet effet n’est heureusement pas toujours aussi automatique, car en dehors de l exemple des artistes, généralement les entreprises / individus moins performants vont accroître leurs performances grâce aux nouvelles technologies et concurrencer les leaders.

Gilles Saint Paul indique bien que ses effets d’inégalité salariale sont à court terme. Et qu’ il est préférable de les accepter plutôt que de se lancer dans une politique de rigidité salariale ( car elle ne font que déplacer l’ ajustement vers un accroissement du chômage ) .

Il semble donc que le progrès technique implique un accroissement de l’ inégalité salariale au moins à court terme. Est-ce « éthique » ? ce sera l objet de futur développement.