- l’APD et les Américains

L’ancien président des États-Unis était de passage à Paris pour y faire la promotion de son dernier livre «Donner: comment chacun de nous peut changer le monde» (Odile Jacob).

a donné une interview au Figaro. voila quelques extraits du journal daté du 7 Octobre 2007 .

« Le Figaro : Vous venez d’écrire Donner (Odile Jacob) un livre sur le don et la générosité individuelle. À la tête de la Fondation Clinton, vous êtes devenu un expert en ce domaine. Dites-nous où, dans le monde, se trouvent les peuples les plus généreux. Y a-t-il des pays plus généreux que d’autres ?

Bill Clinton : Dans un bon, dans un grand pays, la société doit posséder trois caractéristiques. Il faut une économie prospère. Après tout, la meilleure protection sociale, c’est quand tout le monde a un job. Il faut aussi un bon gouvernement, qui prend en charge tout ce dont le marché ne peut pas s’occuper, et puis une société civile vibrante avec des ONG pour faire en sorte que personne ne soit oublié, que personne ne passe à travers les mailles du système.

Le Figaro : Les pays libéraux sont-ils plus généreux que les pays plus étatiques ?

Bill Clinton : Dans les pays possédant soit un État faible, soit une économie faible, soit les deux, il faudrait que la société civile soit plus forte mais comprenez-moi bien : je ne prêche absolument pas pour que la société civile se substitue au gouvernement. Regardez l’Europe du Nord. Ce sont des pays qui fournissent une aide publique au développement considérable, mais quand le tsunami a frappé, ils ont aussi été très généreux en contributions privées. Ce n’est pas un jeu à somme nulle. L’un peut entraîner l’autre. Le gouvernement est là pour faciliter l’acheminement de l’aide privée. J’ai découvert un système formidable aux Pays-Bas : la loterie du code postal. Tous les habitants du code postal gagnant touchent quelque chose, la loterie canalisant une partie des gains vers les pays en développement. Cette loterie me donne beaucoup d’argent et me permet de lutter contre le sida et le réchauffement climatique dans quarante-six villes sur les cinq continents.

Le Figaro : Pour encourager la générosité, qu’est-ce qui est le plus efficace, la religion, la fiscalité ?

Bill Clinton : C’est sûr qu’une déduction fiscale des contributions peut aider mais l’essentiel, c’est la conviction morale. Les gens qui ne donnent pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas tenus de le faire, que personne ne leur a expliqué ou qu’ils ne pensent pas que donner puisse changer grand-chose. Ma mission, c’est de les convaincre du contraire, leur dire que nous sommes devenus une machine à donner très efficace. Mais les gens donnent aussi s’ils consomment de manière différente, s’ils respectent l’environnement.

Le Figaro : Les Américains sont généreux, mais l’Amérique en tant que pays est particulièrement pingre en ce qui concerne l’aide publique au développement. Comment expliquez-vous ce contraste ?

Bill Clinton : C’est très préoccupant. J’y vois trois raisons. D’abord, les Américains ne connaissent pas la vérité. Ils croient que le pays dépense 10% en aide extérieure et qu’on devrait se contenter de 5%, alors que le vrai chiffre est 1%! Cette ignorance empêchait que ce sujet devienne un thème de campagne et personne ne risquait de perdre une élection pour son avarice vis-à-vis du monde. Mais ceci est en train de changer. Cette élection présidentielle est la première de ma vie où une large partie de nos concitoyens va voter pour celui ou celle qui sera jugé le plus à même de restaurer notre stature internationale, de nous faire revenir dans le concert des nations. Dans le cœur de l’Amérique profonde, même des gens qui n’ont jamais possédé de passeport sont in­quiets de la réputation de leur pays. À tout le moins, nous devons payer notre part des dépenses de développement de l’ONU.

Le Figaro : Cela fait quinze ans que l’Amérique promet de faire plus.

Bill Clinton : Pendant la guerre froide, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les États-Unis, l’Europe et le Japon : les premiers payaient plus en dépenses militaires pour fournir un parapluie de sécurité et les deux autres se concentraient sur l’aide au développement, et ça a bien marché. Quand le mur de Berlin est tombé et que nos dépenses militaires ont commencé à baisser, nous aurions dû accroître notre aide au développement. Mais en 1994, le Congrès républicain n’était pas intéressé. »

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